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Présente-toi, en quelques mots : d’où tu viens, ce qui t’a mené à la musique…
J'ai toujours chanté, aussi loin que je me souvienne. Enfant, je chantais dans ma chambre, aux fêtes de famille, dans des chorales. À 14 ans, après sept années de violon au conservatoire, j'ai décidé de me consacrer au chant. À l'époque, le chant lyrique était la seule possibilité proposée, mais ça me convenait bien puisque j'avais grandi dans une famille où la musique classique aussi était très présente.
J'ai commencé avec une professeure de chant à La Chaux-de-Fonds, que j'ai suivie pendant une dizaine d'années. Vers 18-20 ans, l'idée d'en faire mon métier devenait assez évidente, même si mon parcours académique était loin d'être idéal : j'avais fait peu de solfège et de théorie, et le milieu professionnel me semblait difficile d'accès. On m'a carrément conseillé de faire un autre métier à côté. J'ai donc fait un apprentissage de fleuriste, puis une formation d'aide familiale, tout en continuant à chanter.
Quel cursus as-tu effectué ? Comment étaient les études pour toi ?
À 29 ans, peu après la naissance de ma fille, j'ai décidé de tenter le concours d'entrée à la Haute école de musique de Genève, sur le site de Neuchâtel. Je pensais avoir peu de chances d'être prise, notamment à cause de mon âge et de mes lacunes théoriques, mais ma future professeure, Jeanne Roth, n'a jamais douté de moi. J'ai réussi le concours et commencé un Bachelor. Il a fallu énormément travailler, surtout en théorie, mais j'ai réussi à aller jusqu'au bout, puis j'ai enchaîné avec un Master de concert, que j'ai terminé en 2015. Avec le recul, j'aurais peut-être choisi un Master de pédagogie, mais à l'époque j'avais surtout envie de chanter et de me consacrer à la pratique.
Où en es-tu dans ta carrière ? Quel est ton quotidien d’artiste ?
Depuis les études j'ai travaillé dans différents projets, notamment dans le chœur de l'Opéra de Lausanne, tout en développant mes activités d'enseignement et mes projets personnels. En 2026, j'ai finalement été titularisée à 60 % au Conservatoire de Lausanne, où j'enseigne la comédie musicale. Ma balance idéale aurait été 60% de projets artistiques et 40% d'enseignement. Dans la réalité, c'est plutôt l'inverse, environ 70% d'enseignement et 30% de projets artistiques. L'enseignement occupe donc une grande partie de mon année, tandis que mes projets artistiques arrivent davantage par périodes. Cela signifie que je travaille un peu moins assidûment ma technique vocale lorsque je n'ai pas de projet imminent. Ce n'est pas forcément idéal, mais cela me permet aussi de souffler, car le travail vocal peut être très intense. Lorsque j'ai un projet, en revanche, je me mets sérieusement au travail. J'aime fonctionner comme ça, avec des objectifs concrets.
Rétrospectivement, quels éléments-clés t’ont aidé dans ta vie professionnelle ?
Je garde beaucoup de reconnaissance envers certains professeurs de la HEM de Neuchâtel. Mon parcours n'a pas été facile et j'ai douté jusqu'au bout de ma capacité à y arriver. Certaines personnes me rappelaient régulièrement que j'étais « trop âgée », alors forcément, les encouragements de celles et ceux qui remarquaient mes efforts ont eu beaucoup d'importance, ils m’ont donné confiance en moi. Quand je suis entrée en Bachelor, je partais avec énormément de lacunes. À la fin de mon Master, j'ai obtenu 5,9 à mon récital et une bourse au mérite. C'était une vraie fierté : je me suis dit que j'avais parcouru un sacré chemin.
Les études m'ont aussi apporté un réseau, des amitiés et des rencontres professionnelles qui durent encore aujourd'hui. Les cours de musique de chambre, les projets d'été et les expériences scéniques m'ont aussi permis de découvrir du répertoire et m'ont beaucoup nourrie artistiquement.
Et puis, avec le recul, je mesure la chance que j'ai eue d'étudier à Neuchâtel. Les conditions de travail étaient vraiment exceptionnelles : de belles salles, un bâtiment agréable, un accès facile aux espaces de travail et une petite communauté. C'était un environnement qui permettait de beaucoup travailler et de créer des liens.
Y a-t-il des choses que tu aurais aimé savoir en sortant des études ?
Je pense qu'on nous rappelait souvent qu'il n'existait qu'une seule voie : celle du grand soliste, avec un parcours académique très précis. On ne parlait pas suffisamment des autres possibilités : travailler dans les chœurs, s'autoproduire, multiplier les projets, enseigner ou construire une carrière artistique plus hybride. Ma professeure de chant m'avait toujours dit qu'il y avait de la place pour tout le monde dans le chant et qu'il existait beaucoup de chemins différents. J'aurais aimé que cette vision soit davantage représentée dans le milieu académique.
Le parcours scolaire peut aussi sembler un peu déconnecté de la réalité professionnelle. Dans mon cas, mon âge et ma maturité m'ont finalement aidée à prendre du recul. Mais mes premières années de Bachelor étaient tellement exigeantes, entre la théorie, le travail vocal et ma vie de jeune maman, que je n'avais pratiquement pas la possibilité de développer une activité professionnelle à côté. J'ai commencé à travailler davantage comme chanteuse durant mon Master.
Pour terminer par un truc vraiment chouette.
Quand tu commences tes études, tu ne sais pas comment ça va se terminer, ni même si tu vas les terminer. Mais ce qui est assez fou dans ma vie actuelle, c'est qu’en plus de ce que j’avais déjà derrière moi en commençant, une vie, un enfant, mes amis, j'ai aussi gardé beaucoup d'amis véritables et chers que j'ai rencontrés pendant mes études. Et puis on travaille ensemble, on fait des projets. D’une certaine façon, c'était improbable, et ça aussi c'est beau !
Aujourd'hui, avec mon poste au Conservatoire de Lausanne, mes activités d'enseignement et mes projets artistiques, je me dis que mon parcours n'est finalement pas si mal. Je n'ai jamais rêvé de chanter à la Scala ou de devenir une grande soliste internationale. Ce que je voulais, c'était simplement vivre de la musique. Et finalement, c'est ce que je suis en train de faire.